Interview de Vivien Maira

Rencontre avec Vivien Maira, artisan sellier-garnisseur

Bonjour Vivien Maira, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Vivien Maira, je suis sellier-garnisseur depuis 2019. J’ai été formé chez les Compagnons du Devoir, puis je me suis installé à Sainte-Consorce, près de Lyon, où j’ai créé mon atelier : La Fabrique Maira.
Je travaille sur tout type de sellerie, que ce soit pour des véhicules, du mobilier ou des projets plus spécifiques. Ce qui me plaît, c’est justement cette diversité.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

À la base, j’étais très attiré par le monde de l’automobile. Et je savais que je voulais faire un métier manuel. J’avais besoin d’un métier concret, où l’on travaille avec ses mains et où l’on voit le résultat à la fin de la journée.

La sellerie m’a tout de suite parlé. C’est un métier technique, mais aussi artistique. On travaille des matières vivantes, on redonne vie à des supports existants, on améliore le confort. Ce n’est pas juste “recouvrir” un siège, c’est comprendre comment il fonctionne et comment il peut être amélioré. C’est aussi rendre un peu d’âme au produit. Retrouver le tissu existant, garder une homogénéité de style ou personnaliser un siège de voiture par exemple, c’est prolonger la vie, l’histoire du produit.

Que vous ont apporté votre formation auprès des Compagnons du Devoir ?

Choisir les Compagnons du Devoir, c’était une évidence pour moi. C’est une formation reconnue, exigeante. Je savais que j’allais apprendre dans un cadre structuré.

Ça m’a apporté beaucoup de rigueur. Dans notre métier, la précision est essentielle. Une couture mal alignée, une tension mal maîtrisée, ça se voit tout de suite. J’y ai aussi appris à comprendre les matériaux et à travailler avec méthode. Et puis, il y a le réseau, l’état d’esprit, le respect du travail bien fait.

Pourquoi le nom « La Fabrique Maira » ?

Je voulais que mon nom soit dans celui de l’entreprise parce que je m’y engage personnellement. Chaque projet qui sort de l’atelier porte un peu de moi. Et “La Fabrique” plutôt que “La Sellerie”, parce que je trouvais que le mot sellerie était trop réducteur.

On ne fait pas que de la sellerie automobile. On travaille le cuir, le tissu, le simili, la bâche, sur des supports très différents. La Fabrique, c’est un lieu de création, pas seulement un atelier de réparation.

À quoi ressemble une journée type d’un sellier ?

On pense souvent qu’un sellier passe toute sa journée à coudre. En réalité, c’est plus large que ça.

Le matin est souvent dédié à l’organisation. Il faut préparer les commandes, gérer les devis, planifier les projets en cours, vérifier les délais fournisseurs. Si les matières n’arrivent pas au bon moment, tout le planning est décalé. Il y a une vraie gestion d’entreprise derrière l’atelier de sellerie.

Ensuite vient le travail « manuel » à proprement parler. Découpe, garnissage, ajustement, couture, montage. Chaque projet demande de la concentration. On ne peut pas travailler dans la précipitation.

Y a-t-il un matériau que vous préférez travailler ?

Non, justement. Ce que j’aime, c’est la variété. Travailler le cuir n’a rien à voir avec le tissu ou la bâche. Chaque matière a son comportement, sa résistance, sa façon de réagir.

On doit s’adapter en permanence aux demandes des clients et aux contraintes techniques. C’est cette pluralité qui me plaît. On ne fait jamais exactement la même chose.

Un projet dont vous êtes particulièrement fier ?

Récemment, j’ai travaillé sur des prototypes de sièges de pompiers pour des VSAV,( véhicule de secours et d’assistance aux victimes) en collaboration avec le groupe Gruau. Le défi était intéressant. On est parti d’un siège déjà existant, avec une photo comme référence, et il a fallu entièrement repenser l’habillage pour correspondre au visuel demandé.

Ce genre de projet demande beaucoup de précision. Il faut comprendre la structure, modifier l’esthétique sans compromettre la fonction. Quand on voit le résultat final, c’est une vraie satisfaction.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut devenir sellier ?

Je lui dirais d’être curieux et rigoureux. C’est un métier manuel, oui, mais aussi un métier d’art. Il faut avoir une sensibilité pour les formes, pour les matières, pour les détails. Et surtout, il faut aimer travailler avec ses mains.

Aimer prendre le temps. Parce que dans ce métier, la qualité vient toujours de la patience et de l’exigence.